Parc paysager de Rheder


Landschaftspark Rheder

Lorsque la lignée des chevaliers de Brakel, qui possédait des terres étendues dans la vallée de la Nethe, s'éteignit en 1384, la propriété de Rheder revint au souverain épiscopal de Paderborn, qui la transmit en fief à la famille von Mengersen. Celle-ci obtint en 1686 le privilège de " brasser et servir bière ", qui depuis cette époque est produite dans une brasserie à vapeur appartenant à la famille. Placé au sud du terrain, on reconnaît les contours d'un ancien étang à glace, duquel on tirait autrefois la glace nécessitée par la cave de la brasserie.

Burchardus Bruno, baron de Mengersen, commanda en 1716 aux célèbres architectes westphaliens Corfey, Pictorius, ainsi qu'au jeune Johann Conrad Schlaun, un premier château avec douve. Le bâtiment d'un jaune baroque impressionne aujourd'hui encore par sa longueur ainsi que par ses pavillons latéraux de forme octogonale.

Luftbild Schloss und Park Rheder () Neuling. 1999, Zufahrt Schloss mit Wegekreuz () LWL/WALB/Gerbaulet. 2004, Blick aus dem Park auf das Schloss () LWL/WALB/Gerbaulet. 2003 (Ausschnitt)

En 1750, Franz Joseph baron de Mengersen et son épouse Antoinette baronne Spiegel zum Desenberg firent bâtir une demeure de maître relativement simple à la façade rose. C'est durant cette période, considérée comme le Haut Baroque de l'art du jardin, que fut créé un premier parc paysager. En homme cultivé et amateur d'art, son petit-fils Joseph Bruno Comte de Mengersen (1804-1873) avait entrepris de nombreux voyages. Inspiré par ses pérégrinations, il transforma le parc à partir de 1838 en un parc paysager de facture classique et lui fit atteindre une superficie de près de soixante-dix hectares. Fidèle aux leçons de Pückler, il renonça à tout bosquet qui ne soit pas autochtone et " peignit " dans le paysage en utilisant arbres à feuilles caduques ou persistantes qui produisent les tons de vert les plus variés. Toujours dans l'esprit de Pückler, il fit tracer des chemins sinueux menant à de beaux points de vue ou révélant les détails de composition les plus réussis du parc. La " percée de Pückler " est un axe qui se déploie au-delà de la crête de la colline de Sies et qui offre jusqu'à aujourd'hui une vue sur le château et sur la campagne environnante.

Avec la mort de Joseph Bruno en 1873, la famille von Mengersen zu Rheder perdit son dernier descendant masculin. C'est ainsi que la propriété revint en héritage aux barons Spiegel von und zu Peckelscheim.

Sichtachse Schloss-Landschaft - sogenannter Pücklerschlag () Pohl/Grüßen. 2004, Detail Bärlauch mit gelben und weißen Buschwindröschen () LWL/WALB/Gerbaulet. 2003, Landschaftspark, Stadt Brakel. 2003

Le parc, désormais plus petit qu'autrefois, a été déclaré site protégé en 1949. Il a conservé jusqu'à aujourd'hui ses dimensions généreuses ainsi que son caractère pittoresque. Avant que les premiers arbres ne se couvrent de feuilles, le sol de la forêt est transformé par des fleurs printanières telles qu'anémones et corydales en un véritable tapis de couleurs.

Le pont de pierre de style romantique, duquel semble émerger une petite chute d'eau, a été réalisé à l'époque de Joseph Bruno, Comte de Mengersen. La chute est alimentée par une source souterraine provenant de la Nethe, qui alimente ainsi deux étangs. Au milieu d'un des étangs, une Madone de pierre a été posée sur une île peuplée d'oies.

En se promenant le long du chemin de ronde qui traverse la prairie de la Nethe, on se rend compte avec quelle habileté le Comte Bruno a su utiliser la situation naturelle du terrain pour la conception de son parc. Avec ses moutons qui y paissent, le parc ressemble aujourd'hui encore à un tableau de paysage romantique.

 

     La mise en scène du paysage


L'ensemble que composent la demeure de maître, la brasserie et le parc paysager avec ses prairies et ses arbres surplombant les collines rappelle un tableau de paysage de style romantique. Tout le plan dégage une forte impression de virginité et de pureté, une impression qui fut reprise et développée en 2003 au travers du travail de l'artiste américaine Jenny Holzer. Pourtant, les textes d'Holzer et Henry Cole, gravés sur plus de trente troncs d'arbres en état de putréfaction, sont tout sauf agréables et charmants. Situés le long des chemins ou dans les sous-bois, ils font appel à notre sens moral.

Katharinenkirche von Rheder mit Teich () Pohl/Grüßen. 2004, Quelle im Schlosspark Rheder () Pohl/Grüßen. 2004, Schlossteich mit Gänsen () LWL/WALB/Gerbaulet. 2003

Le 6 septembre 2003 fut présenté un spectacle d'effets de lumière le long de l'axe du parc, appelé la percée de Pückler. Là, l'art et la nature se mêlèrent en une parfaite symbiose. Les troncs d'arbres de Jenny Holzer seront exposés dans le parc de Rheder jusqu'en 2009.

 

     Des chemins dans la campagne


Partant du jaune, passant par le rose, pour finalement parvenir au vert : c'est derrière le premier château tout en longueur construit par Johann Conrad Schlaun en 1727 que se trouve le Château de Rheder. De la salle rococo richement ornée et de forme octogonale, la vue donne sur la large vallée de la Nethe et sur la région boisée du Sieseberg.

" La nature, en regroupant ici vallons et monts, et particulièrement en accumulant la richesse d'une végétation sylvestre exubérante, avec ces chênes puissants et séculaires et ces hêtres aux longues ramifications, est venu apporter son aide au créateur du parc ", écrivirent Levin Schücking et Ferdinand Freiligrath en 1872 dans leur livre " La Westphalie pittoresque et romantique ". Et ils ajoutèrent : " Mais il faut bien avouer que seul un goût rare allié à une compréhension fine et réellement poétique de la beauté du paysage parvinrent à ordonner ce groupe d'arbres, à aménager ce charmant sentier traversant la forêt, à semer cette pelouse ou à composer ces parterres de fleurs et arbustes avec tant de talent ". L'esprit créatif de Joseph Bruno Comte de Mengersen et de sa femme Charlotte, qui fit décorer les pièces du château de fresques savantes, semble planer aujourd'hui encore sur le domaine de Rheder. Le Comte de Mengersen était maréchal de cour de l'épouse du roi Jérôme Bonaparte et eut l'occasion de découvrir d'importants jardins, lors de voyages qu'il entreprit dans sa jeunesse en Italie, en Suisse en France et en Hongrie.

Des souvenirs s'attachent à l'histoire d'un paysage. Leur caractère rococo s'exprime pleinement au travers de la sensualité de la musique et de la poésie d'inspiration bucolique. Mais l'autre face de cette époque attirée par la fuite dans un monde champêtre, célébrant quant à elle la mort et la mélancolie, est également présente. Des lectures ou des discussions menées par Christian Brückner, Claudia Mischke, Michael Altmann, Yoko Tawada ou Durs Grünbein soulevèrent les thèmes du devenir et du disparaître dans la nature, et du cycle fait de présence et d'absence dans lequel est compris l'homme. L'amour de la beauté de la nature mais aussi la peur qu'éveille sa réalité furent tour à tour mis en poèmes. Et dans la musique, c'est la nature intérieure et la nature extérieure, avec leur douceur et leur brutalité, qui furent interprétées.

Text auf Baumstamm. Rauminszenierungen von Jenny Holzer und Henry Cole. () Pohl/Grüßen 2004, Text auf Baumstamm. Rauminszenierungen von Jenny Holzer und Henry Cole. () Pohl/Grüßen 2004, Text auf Baumstamm. Rauminszenierungen von Jenny Holzer und Henry Cole. () Pohl/Grüßen 2004